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"On aurait sauvé
des millions d'enfants si on avait
mieux prévenu la pollution rr
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Gilles-Eric Seralini
43 ans, professeur en biologie moléculaire à l'université de Caen. président du conseil scientifique du Comité de recherche et d'Information indépendantes sur le génie génétique (Crii-Gen). Il est, depuis 1998, l'un des experts du gouvernement français sur les OGM et, depuis peu. de l'Union européenne. Il vient tin publier Génétiquement Incorrect, éd. Flammarion, 320 p., 19 €.
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Tandis que le Téléthon s'apprête à faire appel, une fois encore, à la générosité et à la solidarité nationale nue profit de la recherche sur les maladies génétiques, un livre vient apporter un bémol à cet optimisme collectif et télévisuel. Signé par un professeur en biologie moléculaire. Gilles-Eric Seralini, Génétiquement incorrect fait savamment le point sur -entre autres -la thérapie génique. Au risque de déranger.
Télérama : Alors que le Téléthon célèbre sa dix-septième année d'existence, quel bilan peut-on dresser de la recherche en thérapie génique ? Gilles-Eric Seralini : II faut bien avouer que les promesses n'ont pas été tenues et que (es résultats ne sont pas à la hauteur des attentes des malades et de leurs familes. Quasiment aucune maladie génétique rare n'a pu eue soignée. Un des seuls exemples de réussite concerne les bébés-bulles, ces enfants atteints d'un grave déficit immunitaire qui les condamne à vivre en milieu stérile. Grâce â l'injection de cellules corrigées avec le gène normal qui leur faisait défaut, dix enfants ont pu rentrer cheï eux. Mais, quelque temps après )e traitement, deux d'entre eux ont développé, contre toute attente, une forme de leucémie.
En fait, le concept même de thérapie génique ne fonctionne pas, On sait aujourd'hui qu'il ne suffit pas de remplacer un gène défectueux par un autre pour que tout s'arrange. Nous découvrons grâce au décryptage du génome humain que les gènes sont imprévisibles, qu'ils agissent en réseau, que la fonction de cha-
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cun peut en cacher une autre, qu'ils peuvent -se taire », c'est-à-dire ne pas développer la maladie dont ils sont éventuellement porteurs. Nous savons aussi qu'ils vieillissent, mutent, se réveillent, sont parfois mobiles... Bref, leur fonctionnement est multiple et complexe. Télérama : La thérapie génique n'offre-t-elle donc aucune perspective t
Giles-Eric Seralini : Soyons optimistes. Ele reste toujours un espoir, mais seulement pour une petite minorité de maladies génétiques rares. C'est-à-dire celes dont le mécanisme est relativement simple et facilement identifiable. C'est le cas de certains bébés bulles puisqu'ils semblent souffrir de l'absence d'une seule protéine. La France, qui avait suspendu ses expériences, tes a reprises parce que les avantages du traitement ont été jugés supérieurs aux inconvénients, Dans d'autres pays, tes recherches se poursuivent également. Mais, sur près de quatre mile malades, les succès sont extrêmement rares. Les laboratoires et tes industries privées, en gardant leurs protocoles confidentiels, ne font que nuire aux avancées,
Télérama : Depuis le décryptage du génome humain,
qu'est-ce qui a changé dans la manière d'appréhender
les maladies génétiques ? Giles-Eric Seralini : Pendant
longtemps, on a répandu l'idée trop simple qu'à chaque
maladie correspondait un gène. Par exemple : lei
gène défectueux égale une myopathie. Or l'équation est
autrement plus compliquée. Ce n'est pas un mais
plusieurs dizaines de gènes
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Débat maladies génétiques
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qui doivent agir en même temps. Les différentes myopathies dépendent d'une centaine de gènes I imaginer soigner une maladie avec un seul gène équivaut à vouloir arrêter des balles avec un sabre, les yeux bandés I D'autant plus que lorsqu'on implante un gène dans le génome on ne sait pas maîtriser l'endroit où il va s'Installer, ni sa régulation. Or, selon la place qu'il va prendre, les effets seront très différents. Et, de fait, médecins et chercheurs jouent à l'aveuglette. C'est en ce sens que la thérapie génique est un concept réducteur qui fait naître des.espoirs démesurés lors des grandes collectes auprès du public.
Télérama : SI ta population y croit, c'est que médecins et chercheurs y croyaient eu* aussi. Avez-vous le sentiment que beaucoup aujourd'hui partagent votre scepticisme ? Gilles-Eric Seralini : La plupart des spécialistes savent que la thérapie génique ne pourra être une solution simple ni généraliste, l'Académie des Sciences s d'ailleurs mis en garde sur ses limites. Elle a fait bien moins de progrès que la radiothérapie, la chimiothérapie, la chirurgie ou les études sur -les celules souches.
Télérama : Vous mettez a mal une autre certitude : que le* maladies génétiques ne sont que le fait du hasard et de hérédité... Gllles-Erlc Seralini: En effet, la polution aussi peut favoriser des mutations et être à l'origine de nombreuses maladies génétiques. La qualité de l'air, de l'eau et des aliments est donc très importante. Prenons le cancer du sein, qui est l'objet de nombreuses études. On sait aujourd'hui que plus de 90 % des cas dépendent de facteurs environnementaux. La période la plus sensible est la vie fœtale. On a bien vu les effets de la pollution è Bhopâl, Tchernobyl, Seveso et autour de la mer d'Aral; par exemple. Les polluants sont Ingérés par la mère puis transmis au foetus, qui concentre ces substances, lesqueles vont aller se coler sur des gènes et créer des mutations. Vingt ans plus tard. Ils peuvent provoquer des cancers. Et, de fait, les cancers augmentent chez les enfants dans les pays industrialisés. Selon nos recherches avec un professeur de Toulouse, Annie Leszkowicz, les fœtus humains peuvent emmagasiner plusieurs centaines de poluants sur leurs gènes. Ces résidus industriels, pesticides, toxines, gai toxiques et cancérigènes se fixent sur les gènes les plus utilisés, ce qui va empoisonner en douce l'ensemble des fonctions de notre organisme, sans que l'on puisse prévoir quel organe ils vont toucher. C'est en cela qu'on peut parler de hasard. Mon colègue Chartes Sultan, pédiatre
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au CHU de Montpellier, montre que les malformations sexuelles chez les nouveau-nés augmentent notablement chez les agriculteurs qui utilisent certains pesticides. Donc, arrêtons de culpabiliser les parents, de souligner l'hérédité des familles, et occupons-nous de l'environnement On aurait sauvé des millions d'enfants si on avait mieux prévenu la pollution.
Télérama : Pourquoi ce lien entre les maladie» génétiques et l'environnement n'est-il Jamais révélé publiquement ? , Gilles-Eric Seralini: Parce qu'on ne l'a établi que très récemment. Les premières études remontent aux années 1380 et nous ne disposons d'analyses plus étendues que depuis dix ans. On commence à admettre ta nocivité des hydrocarbures et des pics de pollution sur la santé publique (asthme, problèmes respiratoires, morbidité des enfants et mortalité des personnes âgées). Tant mieux, mais on passe sous silence tous les effets chroniques qui vont provoquer des maladies dans vingt ans, tout simplement a cause de certains gaz de voiture ou de pesticides. Des automobilistes qui respirent chaque jour dans les embouteillages vont développer des maladies sans qu'aucun médecin ne puisse dire quele en est l'origine.
Télérama : Donc, selon vous, II serait plus urgent de collecter de* fonds pour protéger l'environnement plutôt que pour la .recherche génétique ?
Gilles-Eric Seralini : On pourrait au moins diversifier l'affectation des fonds. Avec 90 milions d'euros récoltés lors d'un Téléthon, il devrait être possible de soutenir à la fois la recherche génétique et la recherche toxicologique. L'une des premières urgences serait de convaincre les pouvoirs publics d'étudier les effets des OGM sur la santé, Aujourd'hui, 99 % des OGM utilisés dans l'agriculture mondiale (à 95 % sur le continent américain) ne servent pas, comme an le croit, à améliorer l'alimentation ou la production, mais a créer des plantes capables d'absorber un désherbant sans mourir ou de s'auto immuniser contre les insectes. Croyez-vous acceptable, sur le plan sanitaire ou environnemental, que nule part sur la planète les OGM commercialisés n'aient subi de tests sérieux de toxicologie, notamment sur les effets des pesticides qu'ils contiennent ? Dans ce contexte, il n'est pas difficile de prédire une future recrudescence de maladies, génétiques ou autres. .. Nous n'avons pas encore intégré ('Idée que nous ne sommes pas seulement des usines à calories mais des êtres génétiquement extrêmement sensibles à l'environnement. C'est pourquoi je préconise la création d'une nouvelle science, l'écogénétique mariage de ta génétique et de l'écologie, qui permettrait notamment.de prévenir les maladies génétiques du XXIe siècle •
Propos recueillis par Véronique Brocard
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Le fœtus peut emmagasiner les poluants, qui se fixent sur les gènes les plus utilisés, sans que l'on puisse prévoir quel organe ils vont toucher.
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