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Pesticides
Surmortalité par cancer chez les agriculteurs
Les agriculteurs français courent un risque de mourir d'un cancer du cerveau de 25 % supérieur à celui de la population générale, qui serait lié aux pesticides, selon une étude citée dans le mensuel « Sciences et avenir » d'août.
La surmortalité des agriculteurs par tumeur au cerveau a été mise en évidence en comparant les statistiques de décès (252 morts en trois ans suite à ce type de tumeur), survenus entre 1964 et 1986 che2 S37 413 agriculteurs, âgés de 35 à 74 ans. et celles enregistrées (201) dans la population française, a précisé le professeur Jean- François Viel, responsable de cette étude à paraître dans le journal médical américain « Archives of environ mental Health >■. « Les pesticides utilisés dans les vignes sont potentiellement responsables d'une partie de ta mortalité par cancer du cerveau chez les agriculteurs », selon le professeur Vie!
Son équipe avait déjà trouvé chez les agriculteurs français un risque
accru de mortalité due à d'autres cancers (cancer de la vessie, leucé­mies et myélomes multiples), vrai­semblablement lié à f usage de pes­ticides. Cette précédente étude montrait un risque plus marqué pour le cancer de la vessie et sans au­cune relation avec le tabagisme. Le mensuel qui publie un dossier sur les pesticides, réclame « l'interdic­tion d'urgence » de douze de ces « poisons ». L'alachlore, latrazine; le bénomyl, le cartxiryl. le cyana-zineh le dicofoJ. le nrrancozèbe, la manèbe, le métirame, le zinèbe, le trifluratine et le « 2,4 D » sont « sus­pects de provoquer un cancer et de perturber les fonctions endocri­niennes et/ou de la reproduction », selon le mensuel
Un océan
de cancérigènes... entraîne une épidémie de cancers
Claude Reiss
président de Pro Anima.
directeur de recherche au CNRS
Après le matraquage publicitaire
et rédactionnel pour nous
convaincre que les OGM ne nous
veulent que du bien, voici que
l'on veut nous persuader que
les facteurs d'environnement
sont sans incidence sur
les pathologies cancéreuses.
L'une des grandes revues
de vulgarisation scientifique
française, la Recherche, s'est
même engagée dans cette voie
de façon virulente. (1)
important de noter que ces facteurs affectent une fraction de la population quasi-constante dans le temps, après correction de l'augmentation de la population et de l'espérance de vie, ce qui veut dire que ces facteurs ne peuvent être tenus pour responsables des augmentations relatives des pathologies. Si les affirmations ci-dessus rappelées étaient avérées, on devrait donc au pire voir les chiffres de mortalité par cancer stagner.
Des statitisques sans ambiguïté
Voyons donc les statistiques officielles françaises et les études dérivées (4). On y apprend que le nombre de décès dus au cancer augmente régulièrement: moins de 7** des décès en 1920.15% en 1950, 20% en 1970. 30% en 2000. En cette année 2000, le cancer devient la première cause de mortalité, tous âges confondus, dépassant les décès dus aux maladies cardio-vasculaires qui se maintiennent a 30% depuis 1990.
Ces chiffres englobent l'augmentation vraie, mais aussi les effets de l'allongement de la vie et la croissance de la population d'une part, les progrès des dépistages et des traitements de l'autre. Pour préciser, prenons une classe d'âge donnée, celle des Français de la tranche d'age 35-65 ans par exemple. Malgré les progrès médiaux indéniables, la mortalité par cancer y progresse, et même beaucoup plus vite que la moyenne. En 1990, 42 % des décès dans cette classe d'âge sont dus aux cancers, alors qu'en 1970. ils n'étaient "que* 26%. La conclusion qui s'impose est qu'en France la mortalité par cancer augmente anormalement vite et même s'accélère, et les facteurs en cause ne peuvent qu'être non héréditaires, donc d'origine environnementale.
L'analyse des facteurs impliqués dans la genèse des cancers les plus fréquents permet de cerner l'impact de l'environnement, qu'il s'agisse d'habitudes à risque (ali­mentaires, abus divers) ou d'expositions, involontaires ou inconscientes, a des agents cancérigènes. Examinons les données de trois grandes classes de pathologie» cancéreuses: les cancers colorectaux qui se situent au premier rang des affections cancéreuses des deux sexes réunis, les cancers des voies respiratoires supérieures et poumons, qui ont le taux de progression le plus rapide depuis cinquante ans, et les cancers dépendant essentiellement d'hormones, dont les cancers du sein (premier cancer féminin) et de la prostate (deuxième cancer masculin après les poumons).
O n nous déclare ainsi que les cancers humains seraient en régression, mis à part celui du poumon, qui serait presque exclusivement dû au tabagisme. Les produits chimiques synthétiques, d'origine industrielle, les pesticides en particulier, seraient uns incidence sur les cancers liés à l'alimentation et en tous cas ne seraient pas plus cancérigènes que des produits naturels ! De plus, l'évaluation de cancérogénicité sur des rongeurs serait inadaptée car elle conduirait a éliminer des produits qui ne seraient peut-être pas cancérigènes pour l'homme.
Énoncés à grand renfort de chiffres, > an 2000 : de statistiques et d'allégations définitives par des scientifiques devientnantis de moult titres et médailles, arguments                        d'autorité
la première
_           -.. ,
de mortalité,
tous
ostensiblement mis en préambule, ces propos visent à nous persuader que toute remise en cause de ces affirmation serait à mettre au compte             "d'idées
reçues" La conclusion logique qui s'impose, que tire immédiatement un article publié par La Recherche (2), est très simple : puisque les produits industriels sont inoffensifs, il serait temps de mettre au musée les évaluations de cancérogénicité imposées par les réglementations, donc d'économiser les dépenses correspondantes, CQFD. Comme ce fût le cas pour les OGM, trop d'insistance éveille les soupçons. Les manuels de biologie pour étudiants, tout comme la littérature spécialisée, attribuent 80% au moins de cancers humains à l'environnement produits chimiques, rayonnements, virus... (3) Les facteurs génétiques innés, immunitaires, endocriniens (hormones) etc, de l'individu ne contribuent chacun que pour quelques pourcents. Il est
Les cancers colorectaux ne progressent que faiblement dans les pays où l'incidence est déjà élevée, comme la France, mais des migrants venant de pays d'incidence faible rejoignent rapidement les taux des pays d'accueil à incidence élevée. Il ne fait donc aucun doute que l'ali­mentation est ici un facteur important. On a incriminé les régimes riches en graisses, alcool ou viande, mais certains pays ou groupes de personnes ayant des consommations plutôt élevées de ces produits ont des incidences faibles (Pologne, Argentine, adventistes du septième jour observant un régime lacto-ovo-végétarien assez riche en lipides). On soupçonne que certaines modifications ou transformations industrielles d'aliments (produisant par exemple des acides gras saturés ou éliminant les fibres céréalières), des additifs (conservateurs, colorants) des traitements destinés à la conservation (irradiations produisant des radicaux libres) pourraient présenter des risques, tout comme des hormones de synthèse utilisés dans certains élevages, ou des analogues d'hormones et autres proliférateurs endocriniens (herbicides, pesticides) trouvés dans des produits issus de cultures maraîchères ou fruitières traitées.
Entre 1970 et 1990, le nombre de décès annuel par cancer des poumons est passé de 9000 à 19 000 chez les hommes, de 1900 à 2900 chez les femmes. Consé­quence du tabagisme ? Il y contribue sans doute, mais comme il diminue depuis vingt-cinq ans, il doit y avoir d'autres raisons en sus. L'atlas de ces cancers en France est éloquent. Les habitants du bassin minier lorrain ou de la région industrielle du Nord, mais aussi de la pres­qu'île du Cotentin, y sont quatre fois plus exposés que ceux de la vallée de l'Orne, de la Vendée ou de l'Aubrac. Les habitants de Rouen, de Bordeaux ou de Mulhouse meurent trois fois plus de cancer du poumon que ceux de Cahors, de Digne ou de Moulins, les habitantes de la région parisienne (nord-est de l'Ile-de-France en particulier), de Strasbourg, de Lyon jusqu'à dix fois plus que celles d'Epinal, d'Alençon ou d'Aurillac. En se référant à la moyenne globale pour évaluer l'influence du tabagisme, on peut dire que le campagnard qui fume est cinq fois plus exposé au cancer du poumon que celui qui ne fume pas, mais que-le citadin d'une grande ville court approximativement le même risque, qu'il soit fumeur ou non.
Les décès par cancers de la prostate et du sein suivent en France des courbes similaires et ont pratiquement doublé depuis cinquante ans, mais l'incidence de ces deux cancers a littéralement explosé en cette fin de siècle. A partir de 80 ans, un homme sur trois est concerné par un cancer de la prostate, une femme sur sept par le cancer du sein. Le cancer de la prostate est un cancer de l'homme âgé ; il tue à partir de la soixan­taine. Par contre, le cancer du sein frappe de plus en plus précocement, dès la trentaine quelquefois. Les hor­mones jouent un rôle prépondérant dans ces deux fa­milles de cancer. Les augmentations constantes et fortes de ces pathologies, même corrigées de l'augmentation de la population et de l'espérance de vie, ne peuvent
être imputées à la production endocrinienne normale des personnes concernées. Selon toute vraisemblance, elles sont à mettre sur le compte d'agents qui soit sti­mulent la production endocrinienne, soit sont des ana­logues d'hormones, et qui sont présents dans l'envi­ronnement et l'alimentation en particulier (5).
Il est donc indéniable que l'incidence sur la santé publique de ces pathologies cancéreuses majeures (et la cohorte des cancers moins répandus mais tout aussi dangereux) s'amplifie rapidement depuis le milieu du siècle et même s'accélère, au point d'être devenu la première cause de mortalité (167 000 décès en 1990) mais aussi de morbidité (700 000 Français diagnosti­qués comme cancéreux en 1990). Mis à part les pra­tiques à risque contre lesquelles il faut continuer à mettre en garde, tels le tabagisme, l'alcoolisme, des habitudes alimentaires dommageables, il y a à l'évi­dence dans notre environnement des agents cancéri­gènes puissants agissant largement à notre insu. L'analyse des données (dont celles brièvement évo­quées ci-dessus) permet de désigner deux classes d'agents : ceux présents dans la pollution atmosphé­rique et ceux présents dans l'alimentation.
L'arrêt, ou du moins la forte réduction de la pollution atmosphérique des grandes cités ou des régions industrielles, est, en termes techniques, parfaitement dans les moyens de notre pays. Elle est souvent déce­lable à l'œil ou au nez, elle est facilement mesurable (les "indices de pollution" des journaux télévisés sont trop vagues et grossiers pour avoir un intérêt scienti­fique) ; les agents d'activité cancérigène connus ou soupçonnés sont identifiables et quantifiables. Pour combattre cette source de pollution, il faut une volonté politique et, en premier lieu, faire entendre raison aux groupes de pression impliqués (pétroliers, transpor­teurs), exiger le filtrage efficace des rejets industriels dans l'atmosphère (incinérateurs), encourager la moto­risation au gaz et à l'électricité des déplacements urbains, etc. ; le citoyen dispose par son bulletin de vote, aux municipales en particulier, de moyens de pression certains, surtout s'ils sont coordonnés.
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Pour Gilles-Eric Séralinï, professeur à l'université de Caen, auteur du Sursis de l'espèce humaine (Belfond, 1997),
"bientôt l'espérance de vie sera réduite "à cause des polluants chimiques. "La fin de notre espèce devient possible "conclut-il dans le chapitre consacré aux cancérigènes.
La tromperie des tests sur les animaux
L'identification d'agents cancérigènes dans les produits de consommation et d'alimentation est d'une tout autre difficulté. Souvent "incolores, inodores et sans saveur", ils peuvent être extrêmement efficaces à l'état de traces (proliférateurs hormonaux, analogues d'hor­mones, agents mutagènes, etc.). Il faut donc les faire évaluer pour leurs activités cancérigènes chez l'homme à des doses infinitésimales.
Devinez comment ces évaluations sont faites ? En se fiant aux réactions biologiques d'espèces animales, en très grande majorité des rongeurs. Ceux-ci sont expo­sés pendant trois mois à la substance, â des doses rela­tives comparables à celles que l'on va retrouver dans notre consommation. En dessous d'un certain seuil de tumeurs apparues après ces trois mois dans la popu­lation exposée, le produit est bon pour le consomma­teur. Il y a là plusieurs aberrations: nous ne sommes pas des souris, elles réagissent selon les ressources de leur patrimoine génétique, nous selon le nôtre qui est fort différent; chez l'homme, il se passe en moyenne
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cinq ans, voire dix ou vingt, entre les événements qui ont déclenché la prolifération cellulaire et le diagnos­tic du cancer qui en est issu ; enfin, des lignées d'une même espèce, comme la souris par exemple, peuvent avoir des susceptibilités à développer des cancers variant d'un facteur 100 et, selon la richesse de la diète qu'on va leur administrer, cette susceptibilité peut encore varier d'un ordre de grandeur. En fait, en jouant sur le choix de la lignée et de la diète, un "expéri­mentateur" peut démontrer tout et son contraire, ce qui peut évidemment être très avantageux... En poursuivant l'évaluation du risque cancérigène par le truchement du modèle animal, on accepte que la santé de la population soit jouée à la roulette russe. Pourtant, il existe des méthodes scientifiques, précises, reproductives, beaucoup plus rapides et moins coû­teuses au total que le test sur les animaux modèles: elles sont basées sur les progrès extraordinaires que la biologie a connus depuis quinze vingt ans et font l'objet des travaux du comité scientifique de l'association Pro-Anima. Enfin - et surtout - ce sont des méthodes qui sont, elles, pertinentes pour l'homme.                                                                 
Claude Reiss
L'épidémiologie des cancers
Le mécanisme d'action des cancérigènes est rappelé dans le schéma ci-dessous.
On voit que l'évaluation du risque de cancer est malaisée, en pre­mier lieu parce que chacun de nous est exposé, au cours de sa vie, à une multitude d'agents et qu'il est dès lors très difficile de foire la part de chacun d'eux dans la constitution du risque, mais surtout parce que le cancer est une maladie à très long temps de latence, la première cellule cancéreuse survenant souvent plusieurs décennies après la première exposition à un agent cancérigène. On distingue une phase initiale, l'initiation, au cours de laquelle certaines cellule» sont exposées à l'action d'agents cancérigènes. Cette exposition leur conférera des caractéristiques particulières leur permettant d'échapper aux mécanismes de contrôle de l'organisme et de se transformer, dix à quarante années plus tard, en cellules can­céreuses. La longue période qui s'étend de l'initiation à l'apparition du cancer est appelée "phase de promotion".
L'épidémiologie est la discipline qui étudie la fréquence de déve­loppement des cancers dans une population déterminée. Elle permet d'identifier certaines causes de cancer lorsque l'agent cancérigène est présent à une concentration importante pour une relativement longue durée. Elle perd de son efficacité lorsque l'exposition se fait à des concentrations faibles de l'agent cancérigène ou à des mélanges complexes, ce qui est Se plus souvent te cas dans la réalité. Par ailleurs, l'épidémiologie s'appuyant sur les cancers établis, elle n'est d'aucune utilité pour influencer les mécanismes de la maladie dans un but de prévention. En cas de maladie à évolution souvent grave comme le cancer, l'épidémiologie ne permet souvent que d'enregistrer les décès, ce que les Anglo-Saxons ont appelé le "body-counting".
Dr Eric Pluygers département d'oncologie de l'hôpital La Louvière
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Le cancer, maladie de l'environnement
L es derniers chiffres publiés sur-la progression de l'incidence du cancer confirment que nous sommes en face d'une épidémie comme nous n'en avons jamais connu. Cette croissance est régulière depuis plusieurs décennies et aucun signe ne suggère que ce phénomène soit en phase de diminuer ou même de tendre vers un palier, Nous sommes à l'évidence confrontés à un phénomène lourd qui ne pourra être stoppé dans le meilleur des cas qu'à échéance d'une ou plusieurs décennies. Cette croissance amène à s'interroger,sur la pertinence de la stratégie de lutte contre le cancer mise en œuvre depuis plusieurs décennies et que l'on peut caractériser comme le tout-thérapeutique,
En 1971, le plan Nixon affirmait « Dans 20 ans, nous aurons vaincu le cancer » avec l'idée qu'une recherche systématique de molécules résoudrait le problème. L'échec est patent et la recherche d'autres pistes d'action s'avère nécessaire. Les chiffres bruts de l'évolution en France entre 1980 et 2000 sont clairs ; sur les 6396d'augmentation, 25% sont dus au changement démographique mais 38% à des causes Intrinsèques. Il est réducteur d'expliquer cela par les seuls facteurs de risque que sont tabac et alcool ou par l'augmentation du dépistage. Les cancers qui progressent le plus (prostate, mélanome, sein, thyroïde, lymphomes, cerveau) n'ont, en effet, pas de lien démontré avec c« facteurs de risque. Quant au dépistage, il n'existe aucune démonstration qu'il soit responsable de l'ensemble de la progression des cancers du sein ou de la prostate. En revanche, des facteurs de risque environnementaux majeurs sont connus, L'amiante sera responsable de l'ordre de 100 000 morts et les cancers professionnels sont estimés à 20 000 morts par an. Les cancers du sein et de la prostate sont liés aux perturbateurs endocriniens. Les cancers du poumon sont liés
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au tabac mais aussi au radon (2 500 morts par an), à l'exposition professionnelle (24% des cas) et à la pollution urbaine. Les pesticides sont impliqués chez l'adulte dans les lymphomes non hodgkiniens, les cancers de la vessie, du pancréas et du rein, et chez l'enfant dans les leucémies et tumeurs du cerveau. Dans quelques années, nous aurons 20% d'enfants obèses et on sait que l'obésité augmente le risque de cancers de l'utérus, du sein et de Sa prostate. S'il est nécessaire de continuer la recherche thérapeutique, il est donc nécessaire aussi de développer une action vigoureuse sur les facteurs de risque connus. - Le volet environnement professionnel du ■ plan cancer ne peut se résumer à l'adoption de trois valeurs limites pour le benzène, les poussières de bois et les rayonnements ionisants alors qu'il existe 388 substances et procédés cancérogènes répertoriés par le Centre international de recherche contre le cancer. Un véritable volet cancer environnement au sein du plan cancer s'impose si on veut atteindra l'objectif ambitieux affiché de réduction de 20% à échéance de 5 ans. Cela suppose que les objectifs de réduction de l'exposition aux toxiques ne soient pas limités aux seuls facteurs tabac et alcool, mais aux substances cancérogènes répertoriées.
Le poids de l'environnement est vraisemblablement plus lourd encore que ces facteurs identifiés comme le montrent les études sur les migrants ou sur les jumeaux. Les japonais émigrés à Hawaï voient leur taux de cancer de l'estomac divisé par 4 et leur taux de cancer du sein multiplié par 4 par rapport à la population d'origine. Une étude sur les jumeaux Scandinaves montre que les causes environnementales expliquent 73% des cancers du sein, 68% des cancers de la prostate et 65% des cancers colorectaux. L'environnement social joue un rôle majeur : en France, les ouvriers et employés entre 25 et 54 ans ont 3,4 fois plus de tumeurs que les cadres supérieurs et professions libérales (2,7 fois plus il y a 8 ans). Le taux de cancer dans le Nord-Pas-de-Calais est 50% plus élevé que dans le Midi-Pyrénées. Nous constatons ces disparités géographiques et sociales, mais nous sommes incapables d'en analyser complètement les raisons. La toxicité et l'écotoxicité des substances qui font notre environnement ne nous sont pas connues dans l'immense majorité des cas. Seules 1% ont été évaluées. Il est donc hautement probable que de nombreux autres cancérogènes nous soient encore inconnus. Comme l'a noté le récent rapport de l'Igas sur la prévention, la santé environnementale est encore marginale en France et des disciplines scientifiques comme l'épidémiologie, la toxicologie, l'expologie sont encore trop peu développées. Nous avons besoin de plus de recherche, mais aussi d'une autre façon de mener la recherche. Nous avons besoin surtout que ies politiques publiques soient cohérentes. La France ne s'est toujours pas dotée, contrairement à ses engagements de 1994, d'un plan nationale santé environnement. On ne peut afficher l'objectif de faire reculer le cancer et, soutenir comme l'ont fait récemment les gouvernements français, allemands et anglais, le lobby de l'industrie chimique contre l'initiative de l'Union européenne, le plan Reach, qui vise justement à évaluer tes risques des substances chimiques non évaluées.
André CICOLELLA, Corinne LEPAGE, Geneviève BARBIER et François VEILLERETTE
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