Champagne André & Jacques Beaufort
 
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Beaufort : l'insatiable quêteur (extrait de Consommation, la Revue des Biocoops hiver 2000):

Le parcours de ce bio pas ordinaire commence en 1969 par une allergie aux produits de synthèse suite à un traitement médical. Dix-huit mois plus tard, il passe en bio. Depuis, ses six hectares et demi de vignobles - en partie à Ambonnay classé Grand Cru, et à Polisy, dans l'Aube - ne reçoivent aucun traitement de synthèse : binages superficiels, compost végétal et animal pour entretenir l'humus nécessaire à la vie… " Mes voisins m'accusent d'entretenir les nuisibles! Je réponds qu'ils détruisent mes prédateurs et l'équilibre de la vie dans mes vignes! " explique-t-il, inquiet devant la résistance croissante des maladies cryptogamiques comme le mildiou. Pour limiter l'impact environnemental des seuls fongicides tolérés en bio (sels de cuivre et soufre), il expérimente depuis plusieurs années l'homéopathie et l'aromathérapie. " Je compose des dilutions 'maison' de plantes et d'huiles essentielles ", ,explique Jacques Beaufort, toujours en quête. Une particularité : il dégorge encore à la volée. Pas pour le folklore. " Respirer une dernière fois chaque bouteille me permet de parfaire la cuvée! " explique-t-il. Les sceptiques sont bien obligés de s'incliner car Jacques Beaufort recueille les éloges réguliers des chroniqueurs des plus grandes revues et guides spécialisés : Cuisine et Vins de France, Vins magazine, Vintage international, l'Echo des sommeliers, Gilbert et Gaillard, Gault et Millau, Hachette
La revue Vins de France qualifie sa production de " plus merveilleuse découverte des cinq dernières années dans le monde des récoltants-manipulants de Champagne ". Bien sûr, il collectionne les médailles : Or et Argent au concours Amphore 2000, etc. Difficile de résumer ses Champagnes " qui ne ressemblent à aucun autre "! On parle de " l'extraordinaire velouté et la richesse de goût qui déconcentrent les amateurs des fluets Champagnes modernes ". Les dégustateurs évoquent souvent " le fruité exceptionnel " de son Champagne, sa " densité inhabituelle " et apprécient " la plus impressionnante collection de vieux millésimes bourrés de sucs, de saveurs et d'énergie ". A contre-courant des modes, Jacques Beaufort s'essaie même depuis peu aux Champagnes doux! On dit encore de ses vins qu'ils ont " un corps monumental , une matière qui demande à être mordue à pleines dents, une finesse époustouflante " et qu'ils sont plus " proches de Dom Pérignon " que des Champagnes industriels! Que dire de plus sinon " Champagne! ". Pascale Solana

Pour en savoir plus, quelques articles parus sur le Champagne Beaufort:

On peux également retrouver le champagne André et Jacques Beaufort dans de nombreux guides et magazines tels que: Le Guide Hachette des Vins, Le Guide Gilbert et Gaillard, Le Rouge et le Blanc (sept 98), Revue du vin de France (dec 96, 97, 98) Madame figaro (mars 97), La Tribune (14/11/97, 28/12/98) Sommelier, Vintage International (avril oct. 98) Cuisine et vin de France (oct. déc. 98), GaultMillau (sept. 95).

Sat'info - Jacques Beaufort (décembre 2000):

Nous sommes en l'an 2000, en Champagne. Sous un ciel de novembre qui hésite entre gris et bleu , les sols sont moins nuancés : uniformes, couleur terre, terre sombre. Tous les sols? Non ! Perdues dans cette belle mais triste immensité vallonnée, quelques petites parcelles résistent. Vertes ! Ce qu'on appelle des "terres sales" dans le jargon des viticulteurs... Expression qui laisse ainsi entendre que le travail de désherbage n'a pas été fait. Du travail, il en faut pourtant bien plus pour arriver à se passer de la grosse cavalerie chimique, mais Jacques Beaufort est habitué aux quolibets... Qui lui feront toujours moins de tort que les tracasseries administratives qu'il subit. Car Jacques Beaufort gêne. "C'est le monde à l'envers" répétera-t-il à plusieurs reprises. Nous saurons marcher sur la tête. Pour mieux voir avec lui. Beauté et absurdités, première.

Comment en êtes-vous arrivé à l'agriculture biologique ?
Jacques Beaufort : À la suite d'une allergie médicamenteuse, en 1969. Aux anti-inflammatoires, plus précisément. Je n'ai pas pu parler, ni boire, ni avaler ma salive pendant une semaine. Puis je me suis nourri au biberon pendant quinze jours... J'ai donc cherché à comprendre, à ne plus m'empoisonner ! Mais il n'y a pas eu que les médicaments, j'étais également allergique aux pommes, et j'évitais donc d'en manger. Il m'arrivait quand même de faire quelques exceptions, notamment dans la famille de ma fiancée qui possédait des pommiers qui poussaient dans les pâturages, et n'étaient donc pas traités. Avec ces pommes-là, je n'avais pas d'allergies. Par ailleurs, j'avais remarqué que lorsqu'on traitait mes vignes, mon oncle avait les yeux rouges, même sans toucher les produits. Je le charriais un peu en lui disant qu'il avait la myxomatose... Je dois reconnaître qu'à l'époque, en matière de produits chimiques de synthèse , je ne me rendais pas compte. Comme j'avais quelqu'un de ma famille qui travaillait dans la représentation de fongicides, j'étais même plutôt en avance !

Ce fut donc une véritable conversion. Seriez-vous le Saint-Paul du bio ?
Je reviens justement du jubilé du monde paysan, à Rome. Et je pensais dans la basilique Saint-Paul : dans la première partie de nos vies, Paul, je n'ai pas. fait mieux que toi... Pour tout dire, le bio, j'en ai même ri !

Quelles furent les premières mesures que vous avez prises ?
Celle de revenir à la bouillie bordelaise. Puis j'ai fait le tour de quelques vignobles, surtout en Bourgogne, pour voir ce qui existait. C'est à cette période que j'ai commencé à utiliser les huiles essentielles du Docteur Sévelinge. (celui-ci fut, avec le Docteur Valnet dont il était l'ami, le pionnier de l'aromathérapie scientifique).

Il est inscrit sur vos bouteilles que vous pratiquez l'homéopathie...
C'est le Docteur Mureau qui m'a incité à pratiquer l'homéopathie sur les vignes, en 1980. L'homéopathie permet de soigner la vigne et de développer sa capacité à lutter contre les maladies. Jusqu'ici, aucuns travaux dans le domaine n'avaient été faits sur les végétaux, à ma connaissance.

Quels rapports avez-vous avec vos collègues ?
Quand on se croise, on discute, on s'entraide même. Mais je sens bien que je dérange... Tout comme je dérange certains. officiels, qui me mettent vraiment les bâtons dans les roues... (Il nous montre les courriers qu'il reçoit, autant de menaces administratives dues au fait que ses sols sont pleins d'herbes et ne correspondent pas aux normes officielles). Paraît-il qu'on trouve des molécules cancérigènes dans certains vins, et les mutuelles agricoles s'inquiètent d'ailleurs du nombre croissant de cancer du cerveau chez les viticulteurs et les agriculteurs. Leur réponse face à ce problème, c'est : Protégez-vous, mettez des scaphandres lorsque vous traitez On marche sur ta tête...

Avez-vous le même rendement, en bio ?
Non, il est moindre, d'un tiers environ la plupart du temps, avec d'énormes variations possibles selon les années. Mais au moins je vinifie tout le raisin que je cultive. Vous avez vu ce matin, les raisins qui sèchent sur les vignes cultivées en conventionnel ? Ils ne peuvent pas tout récolter, car ils dépasseraient les rendements autorisés.

On parle peu de millésime pour le champagne...
C'est dû à plusieurs raisons. D'une part, la plupart des ventes sont faites avec des champagnes qui sont des assemblages de cépages et d'années, afin de garder un goût standard. La deuxième raison, c'est qu'immobiliser des bouteilles pendant trois ans avant de les vendre coûte très cher, et nous avons donc recours aux banquiers pour financer notre stock. Nous sommes à la merci du bon vouloir des banques et donc très vulnérables financièrement. C'est le cas de beaucoup d'entre nous.

Vous avez longtemps eu la réputation d'avoir un champagne très riche en arômes, ce qui ne plaisait pas à tout le monde. Aujourd'hui, vous collectionnez les médailles !
Ce qui n'est pas pour me déplaire... C'est dû en partie au terroir : j'ai des terres à Polisy et à Ambonnay, celles que vous avez vues ce matin sur la zone grand cru 100 %. Egalement au fait qu'étant récoltant manipulant, je ne vinifie que mon raisin. Le goût de mon champagne est donc moins standardisé que ceux qui font des assemblages, et beaucoup d'amateurs apprécient cela aujourd'hui. Limiter les sels de cuivre joue également, car ceux-ci neutralisent les arômes. Les années enfin sont déterminantes, et je dis en plaisantant qu'on retrouve dans le vin le mauvais caractère du vigneron...

Vous préconisez de boire vos champagnes à 10 ou 12 degrés, soit beaucoup moins frais que ce qui se pratique habituellement...
Parce que s'ils sont trop frappés, cela "casse" la mousse et cache le bouquet. Or, nous produisons des champagnes riches en arômes, il faut les laisser s'exprimer. En cela, nous nous rapprochons de l'idée que cette boisson est avant tout un vin. Un sommelier m'a d'ailleurs dit un jour: Nous n'avons pas affaire à un champagne, mais à un vin avec des bulles en prime...
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Le Club du Vin Authentique - Champagne! Domaine Beaufort (juillet 2001):

J'avais retenu trois échantillons après avoir goûté quasiment toute la gamme dans le sillage d'une redoutable professionnelle, et tenu compte de ses avis. Je me suis rangé avec soulagement à l'avis du collège : ces deux vins sont complémentaires et " consensuels ", c'est-à-dire que vous ne redouterez pas la remarque d'un soi-disant connaisseur influencé par les oukazes des petits-maîtres du vin. Le Domaine Beaufort accumule les distinctions dans la plupart des guides, cela rassure les suiveurs. J'ajoute que j'aurai de ces vins en mon cellier, car je sais apprécier aussi les vins de l'" intérieur des frontières ", lorsqu'ils le méritent. C'est le cas ici. Quant aux vins de " braconnage ", gibiers de haute race, ils sont destinés seulement à celles et ceux qui savent s'étonner, reconnaître la saveur originale de la différence exacte, et l'aimer… Faut-il le rappeler ? Original veut dire : qui a le goût de la source…
Pierre Paillard -
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Le Journal de Metz - Le champagne mystique servi par Jacques Beaufort (25 mars 2001):

Jacques Beaufort est un vigneron mystique qui fait un champagne divin. Il pourrait se contenter de faire du vin, mais il essaie aussi de faire le bien ce qui, chez lui, signifie ne pas agresser la nature : " Il vaut mieux se rapprocher de la nature que de la chimie... la chimie, pour moi, c'est l'homme qui singe le créateur." [...]. Pourtant, il était mal parti. Au début, dans les vignes de son père à Ambonnay (Montagne de Reims) et Polisy ( au sud de Troyes), il était fan de chimie : " J'avais un frère qui travaillait pour la branche chimique de chez Esso. On découvrait tous les produits de synthèse. "
Son chemin de Damas a été … une poussée de fièvre aphteuse : " En 1969, trois ans que j'utilisais la chimie pour les vignes, j'ai fait de l'allergie. La première fois, je me suis trouvé avec la bouche pleine d'aphtes, sans pouvoir ni parler, ni manger ni avaler ma salive… Ca revenait chaque fois que je traitais les vignes, ou que je mangeais des pommes de mes pommiers. J'ai mis un an pour comprendre d'où ça venait. Ma belle-famille ne traitait pas ses pommiers, et quand je mangeais leurs pommes, je n'avais rien. J'ai compris que c'était les traitements."

Des aiguilles et des algues
Par réflexe de survie, Jacques Beaufort se lance dans l'agriculture biologique, en 1971. Et ne se contente pas de bannir engrais et pesticides chimiques : " J'ai utilisé des produits à base d'huiles essentielles… Un traitement qui avait ses limites : il ralentissait le mildiou, mais sans le faire disparaître. " Est-ce le perfectionnisme, ou la curiosité ? Le Champenois va, dès lors, essayer beaucoup de méthodes, jusques et y compris… l'acupuncture. Un viticulteur qui larde d'aiguilles ses ceps, on se pince pour y croire. Jacques Beaufort a l'honnêteté de dire que cela n'a pas marché " mais il faudra que je m'y prenne autrement. Une idée ça se mûrit ". L'aromathérapie par contre, il en est content : " En 92, à la suite d'un incendie j'ai négligé mes vignes, l'oïdium est revenu. J'ai fait des pulvérisations d'aromathérapie, trente-six heures après ma vigne avait repris ses belles couleurs !" De puis, il bichonne son vignoble grâce a l'aromathérapie , les algues en poudre, l'homéopathie, et une pincée de sels de cuivre quand les champignons parasites. " Je soigne plus mes vignes que je ne les traite" dit-il.

La consécration
Des vignes saines ne garantissent pas un bon vin. De ce côté-là, il a beaucoup galéré. " J'ai essuyé des refus de l'Institut des Appellations d'Origine, qui trouvait de mauvais goûts à mes vins ne plaisaient qu'à mes clients!" La consécration ne vient qu'en 1995 : " Les Gault et Millau sont venus tester tous les Champagnes d'Ambonnay. Après une dégustation à l'aveugle ils m'ont bien noté. " Depuis, la presse spécialisée tresse des louanges à ce vigneron "hors-normes", et les récompenses s'accumulent, au Concours des Vins issus de raisins de l'agriculture biologique, à la Foire de Paris, à la Foire de Bruxelles.
Bien sûr Jacques Beaufort, qui fait partie de la petite dizaine de vignerons champenois adeptes du bio, est très contesté dans la profession. " Je ne suis pas dans la ligne, Convient-il, mais j'ai trouvé ma voie. " Pour le conforter dans sa recherche de l'excellence, il y a la mine gourmande des amateurs à qui il fait goûter ses vins aux saveurs puissantes, inattendues dans des flûtes à champagne.

Richard Sourgnes -Retour au sommaire


Constant Beaufort - 2007 - Mise à jour le 06/01/07